Rejoignez-Nous, Textes En folie WhatsApp +509 4040 68 40.
À tous ceux qui nous répètent que l'on est bien mieux chez soi, êtes-vous conscients qu’il peut s’agir tout simplement d’un mensonge à l'état pur ? Bon ! Après, peut-être que cela recèle une vérité, mais une vérité qui n'a pas été destinée à cette grande majorité dont je fais partie. Sinon, dites-moi pourquoi, moi, je ne puis me sentir bien ici ? Pourquoi dois-je tout le temps avoir froid dans le dos ? Si je suis effectivement entouré des miens, pourquoi dois-je forcément réciter 77 psaumes de protection avant de sortir de chez moi ?
Si seulement vous saviez à quel point vous me fatiguez. Si seulement vous saviez à quel point j'en ai marre de vos idioties et de vos atrocités. J'en ai marre ! Je suis dégoûté ! Et, je ne pense plus être capable de supporter tous ces démons qui rôdent autour de moi du matin au soir. Me voilà blasé, éreinté. Je n'en peux plus. Je dois partir, moi aussi.
Le paysage s'affiche désertique et même les pierres soupirent. En guise de vin rouge, nous avons le sang de nos frères. Chez nous, tous les jours se ressemblent ; ce qui me pousse à croire que toutes les saisons sont uniformes. Et tout ce train-train quotidien a fini par m'use complètement. Mon esprit plane ailleurs. Mon âme s'engouffre dans la détresse. Mon cœur est brisé. Il faut que je me sauve à tout prix, et dans tous les sens du terme.
Mais j'ai pourtant tout essayé, le saviez-vous ? Ces dernières années, j'ai eu fort souvent la tête dans l'eau, certes. Cependant, j'ai essayé de tenir pendant longtemps. J'ai fait absolument tout ce que j'ai pu. J'ai traversé la méditerranée à la nage. J'ai mené des guerres. J'ai vu mes frères d'armes changer de camp sous mes yeux, et, j'ai dû continuer chacune de mes luttes tout seul. Donc évidemment je suis épuisé. Au moment où j’écris ces lignes, je me sens si las de mener cette existence systématiquement désastreuse.
Oui, j'ai prié. Dans mon désespoir, j'ai souvent toqué la porte du ciel, mais quand le soleil retrouve son nid, de mes yeux des rivières prennent naissance. Et, aujourd'hui je pense ne plus avoir suffisamment les couilles pour continuer. Je me retrouve à bout de souffle.
Quelquefois, je m’entends m’assurer que l'avenir est plein de petits soleils. D'autres fois, j'ai l'impression d'être coincé dans un tunnel, je n'arrive pas à voir la lumière, et d'une manière automatique le désespoir prend le dessus.
La lumière, elle est à l'horizon, n'est-ce pas évident ? Coûte que coûte, il faut que j'aille la rencontrer, dans l'espoir qu'elle saura m'accueillir les bras grands ouverts. Mais comment dois-je m'y rendre exactement ? Je ne sais pas ! Dans tous les cas, je ne cherche plus à comprendre. C'est décidé ! Je quitte cette jungle.
Comme je vous l'ai dit, ce soir je pars définitivement. Et, quand je partirai, s'il vous plaît, dites à ma femme que je l'aime de tout mon cœur. Qu'elle est la seule plante qui a pu pousser dans ma terre stérile. Que même si je pars, mes sentiments pour elle restent et demeurent les mêmes. Et si j'ai tenu si longtemps, c'est uniquement grâce à elle et à cause d'elle.
Dans cette ville aux ténèbres épaisses, elle a été ma seule luciole incandescente. Au milieu de ces flots de mensonges au quotidien, elle a été ma seule vérité. Voilà que je me tire à présent. Loin d'elle. Je pars avec cette peur bleue de l’à-venir et un chagrin grand comme le monde, trop grand pour mon cœur. Je ne veux pas affronter les larmes de ma femme, alors je partirai pendant son sommeil. Dites-lui que je vais vers l'Espoir pour elle, pour nous !
Ma femme, je ne parle pas souvent d'elle ; disons plutôt, pas assez. Et, si je ne le fais pas, c'est tout simplement parce que je ne trouve pas toujours les mots qu'il faut. Alors, autant vous le dire, comme beaucoup de gens peuvent le penser, je ne suis pas écrivain. Mais, puisque ce soir je vous quitte, puisque je quitte cette vie, et puisque je dois faire mes adieux, je prends le soin de graver les raisons de mon départ sur le panneau d'un carrefour giratoire afin que tout le monde puisse les lire au passage. Pour que l'on sache du même coup qu'il n'y a pas que des monstres déguisés qui habitent notre planète. Elle est un ange, ma femme!