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Légères, mes mains le parcouraient langoureusement. Mes doigts aussi sensuels qu'un brin d'herbe sèche, manipulés avec dextérité par les mains d'un amant expert, sur la peau d'une vierge effarouchée afin de l'amadouer le poussaient au paroxysme du plaisir.
Tantôt souple, tantôt rigide. Harmonie, symphonie, il était l'esclave du caprice de mes sens. L'accompagnant de souples mouvements de hanche, de tête au rythme de notre mélodie. Je puisais tous les sons du tréfonds de ses entrailles.
Gémissements, pleurs, halètements, jouissance. Tout se mélangeaient dans sa gorge alors que mes mains frénétiques le palpaient, soupesaient, caressaient bien fort, plus fort...puis doux, plus doux... d'une frénésie au goût de la jouissance. Étant seule virtuose et spectatrice tout était fait selon mon plaisir.
Ondulant légèrement les hanches suivant le rythme, battant par à coup le sol de mes pieds nues, j'étais ainsi possédée jusqu'à pousser l'ultime cri de jouissance. A la lisière de la clairière, à l'ombre d'un amandier, portant une petite robe rouge échancrée dès la cuisse droite pour avoir trop courue pieds nus et sans protection dans les raje ; cheveux tressés en natte battant, le rythme du vent sur mes épaules dénudées jusqu'au mont Sinaï de mes seins. J'étais assise sur un tas de feuilles sèches goûtant à la tranquillité de ce coin d'intimité pour donner vie à mon fantasme.
Parlant de fantasme..., Il était brun, miniature comme je les aime afin d'en faire mon esclave, ceinturé de part et d'autre de feuilles pit comme soutien de fortune qui parfois prenait possession de mes hanches, la peau souple et sensuelle, je pouvais tirer n'importe quelle musique voulue de sa gorge juste d'un simple doigt. Je connaissais tous les contours, détours, monts et vallées de son petit corps par cœur, comme si j'avais été sa propre artisane. Il répondait toujours à mon simple toucher, on était deux faisant un corps à corps symphonisant la parfaite mélodie. Lui pour le son et le rythme, moi pour les diverses caresses, la composition et l'innovation.
Tranquillement adossé au pied de l'arbre au-devant de mes jambes, le petit tambour subissait les assauts selon mes caprices. Tel un amant attentif, il s'accordait parfaitement à mes mouvements. Tantôt triste, tantôt joyeuse, la mélodie montant du fond des bois. Je battais les mains et les pieds. Ce son connu de tous, ce son qui avait rythmé la révolte des esclaves, ce son qui avait donné la force à nos ancêtres pour aller au-devant de la liberté.
En fait c'était plus qu'un son, plus qu'une mélodie. C'était le sang qui coulait dans nos veines, ce rêve enfouis dans des calebasses vides attendant l'instant prédestiné, ce pays enchaîné, marginalisé luttant pour sortir du gouffre, cette terre riche appelant à l'exploitation des nègres et négresses. Oui, ce son était beaucoup plus. Tout autant que nous sommes loin ou près nous avons ce son en nous, cette mélodie inextricable dans notre tête, il est en nous il fait partie de nous. Ce son c'est nous. Cheveux au vent teintés des derniers rayon de soleil, yeux fermés jouissant de ce moment de communion parfaite avec les esprits, je me suis laissé exprimer à travers ce son et envahir par les voix de réconfort des sa m pa wè yo, me donnant ainsi de meilleures nouvelles, donnant vie à mes fantasmes. Désespoirs, espoirs, chagrins, joies, misères, jouissances, amour, haine…
Tout se confondait dans un ayibobo fort et puissant de mes lèvres pleines de petite négresse creusant mes joues rebondies et pleines d'un sourire lumineux faisant écho à l'éclat du soleil.
" Souri, souri bèl ti pitit ou se lavi ou se lespwa nan ou na va viv e jwenn rekonfò, pote nouvèl lajwa , ou se soley klere, mete chalè pote bonè nan jou yo na va makonnen e fè rèv ou yo pou peyi a tounen reyalite "
Mon rêve prenait chair sous mes paupières, les ouvrant lentement un petit papillon bleu attisé par le son du tambour voletait autour de moi en souriant plein d'espoir, de détermination et de bonne volonté. C'était mon rêve. Oui mon rêve sous le ciel bleu rivalisant d'éclat sous le soleil plein de vie et éclatant de bonheur. "Suis-moi petite négresse il est temps de rappeler à ce peuple son histoire et sa destinée. Prends ton tambour, l'heure du réveil est arrivée". Riant aux éclats, prenant mon petit tambour sous les bras, je le suivis, ivre de bonheur, je me suis mise à courir dans le vent. Jouant et dansant cette mélodie que moi seule connaissais pour l'instant. Il était au-dessus, voletant au-devant et moi derrière le suivant de près, féerique, enthousiaste. Parcourant les prés et parc je ne poursuivrais que mon rêve, ce petit papillon bleu.
Et quiconque ayant su peindre cet instant l'aurait surnommé le bonheur. Une petite négresse, cheveux aux vents, portant une robe rouge déchirée, pieds nues courant dans la prairie, ivre de joie, suivant un papillon bleu, ceinturant un petit tambour qu'elle jouait sous le soleil mourant de l'après-midi.
Raphmarlie Charles